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Forum des Mauritaniens de l’étranger : le véritable test commence après le Forum

Par Ahmed Mohamed Hamada, Écrivain etanalyste politique Il est relativement facile d’organiser un forum, de réunir des représentants de la diaspora, des experts et des responsables, d’écouter les diff...

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S’y ajoutent, selon les pays, les questions de séjour, le besoin d’un meilleur accompagnement juridique et social, ainsi qu’une préoccupation appelée à prendre davantage d’importance avec le temps: comment préserver le lien entre la Mauritanie et les enfants de Mauritaniens nés et élevés à l’étranger? Ces réalités sont connues des responsables et, plus encore, de ceux qui les vivent au quotidien. La véritable valeur des consultations engagées aujourd’hui résidera donc dans notre capacité à passer du diagnostic à la résolution concrète des problèmes qui peuvent l’être.Prenons l’exemple des services consulaires.

Lorsque l’on parle de leur numérisation, le citoyen se préoccupe peu du terme lui-même. Ce qu’il attend, c’est de ne plus avoir à parcourir des centaines de kilomètres pour obtenir un document qu’il aurait pu demander depuis son téléphone; de ne pas rester plusieurs semaines sans savoir où en est son dossier; et de trouver un interlocuteur lorsque sa démarche est bloquée. C’est à ce niveau que la numérisation devient une véritable réforme, et non une simple modernisation de façade.Mais, à mes yeux, l’enjeu essentiel dépasse largement la question consulaire.

La Mauritanie dispose à l’étranger d’un capital de compétences dont nous ne connaissons probablement pas encore toute l’ampleur. Des Mauritaniens travaillent dans des universités, des hôpitaux, des entreprises, des institutions internationales et des centres de recherche. D’autres sont des entrepreneurs qui ont acquis une connaissance de différents marchés, constitué des réseaux professionnels et accumulé une expérience dont un pays qui continue de construire son économie et ses institutions pourrait utilement bénéficier.

La question est alors toute simple: que savons-nous de ces compétences et comment pouvons-nous les mobiliser lorsque le pays en a besoin?Il ne s’agit évidemment pas de demander à chaque cadre mauritanien établi à l’étranger de faire ses valises et de rentrer à Nouakchott. Une telle conception n’est plus adaptée au monde actuel. Un chercheur peut contribuer au développement d’une université mauritanienne tout en travaillant dans une université étrangère.

Un médecin peut participer à la formation de ses confrères sans abandonner son activité dans son pays de résidence. Un ingénieur ou un expert peut apporter son savoir-faire à un projet national pour une mission ponctuelle. Ce qui nous manque surtout, c’est l’organisation de cette relation.Une première étape pourrait consister à mettre en place, sur une base volontaire, une base de données fiable des compétences mauritaniennes à l’étranger, permettant d’identifier leurs domaines d’expertise et de créer des passerelles avec les institutions nationales.

Il ne s’agirait pas d’ajouter une nouvelle liste de noms à nos fichiers administratifs, mais de créer un véritable lien entre les compétences disponibles à l’extérieur et les besoins existant à l’intérieur du pays.La même logique vaut pour l’investissement. Il est facile de dire à un Mauritanien vivant à l’étranger: « Venez investir dans votre pays. » Mais celui qui souhaite engager son argent voudra d’abord connaître les procédures, le temps nécessaire pour créer son entreprise, la fiscalité, les garanties offertes, la clarté des règles et l’administration vers laquelle se tourner en cas de difficulté.L’attachement au pays peut encourager l’investissement, mais il ne saurait remplacer un environnement des affaires clair et rassurant.

Il serait donc utile que la nouvelle politique à l’égard de la diaspora se traduise par la création d’un véritable guichet d’accompagnement des investisseurs mauritaniens établis à l’étranger, plutôt que de les laisser naviguer seuls entre différentes administrations à la recherche de la prochaine démarche à effectuer. Quant aux transferts financiers des Mauritaniens de l’étranger, il serait réducteur de les considérer uniquement comme des chiffres que l’on évoque lorsqu’il est question de la contribution économique de la diaspora. Ces ressources remplissent d’abord une fonction sociale directe auprès de nombreuses familles.

Si l’État souhaite qu’une partie de cette épargne s’oriente vers l’investissement productif, il lui appartient de proposer des opportunités fiables, transparentes et attractives, et non de considérer cet investissement comme une obligation supplémentaire imposée aux expatriés.Un autre dossier mérite, à mon avis, une attention beaucoup plus grande: celui des enfants des communautés mauritaniennes nés et élevés à l’étranger. La première génération emporte généralement le pays avec elle: dans sa mémoire, sa langue, ses habitudes et ses liens familiaux. Il n’en va pas nécessairement de même pour les enfants et les petits-enfants.

Au fil des années, la Mauritanie risque de devenir pour certains un pays connu davantage à travers les récits familiaux que par une expérience personnelle.Préserver ce lien ne se fera pas par des discours. Cela suppose des programmes éducatifs adaptés, des contenus culturels modernes, des séjours et activités estivales, des échanges destinés aux jeunes et, plus largement, une approche permettant à un jeune Mauritanien vivant à Paris, Madrid, New York ou Dakar de considérer que sa relation avec la Mauritanie lui appartient personnellement, et qu’elle n’est pas simplement un héritage familial qu’on lui demande de préserver.Toutes ces idées peuvent émerger du Forum, et d’autres, sans doute meilleures, peuvent également y être proposées. Mais l’expérience nous a appris que notre problème ne réside pas toujours dans le manque de recommandations.

Notre administration dispose déjà de nombreuses recommandations pertinentes qui n’ont jamais trouvé le chemin de la mise en œuvre. C’est pourquoi je considère que la réussite de ce Forum dépendra avant tout d’une chose: ce qui se passera après.Le gouvernement indiquera-t-il, dans quelques mois, les engagements qu’il aura décidé de mettre en œuvre? Saura-t-on quelle institution est responsable de chaque dossier?

Ce qui a été réalisé? Ce qui ne l’a pas été? Et pour quelles raisons?Nous n’avons pas nécessairement besoin de dizaines de nouveaux programmes.

Il serait peut-être plus utile de retenir, pour la première année, quelques objectifs limités mais directement perceptibles par les citoyens: des services consulaires numériques réellement opérationnels, un mécanisme clair de traitement des réclamations, une base de données des compétences, un parcours simplifié pour les investisseurs et un programme sérieux destiné à maintenir le lien entre les nouvelles générations, leur culture et leur pays.Ensuite, il faudra mesurer les résultats.Car une politique publique ne se juge pas à la qualité de ses intentions, mais aux changements qu’elle produit sur le terrain. Cette fois, le gouvernement a commencé par écouter les communautés mauritaniennes à l’étranger, et cette démarche mérite d’être portée à son crédit. Mais la valeur de cette écoute se mesurera lorsque ceux qui se sont exprimés auront le sentiment que leur parole n’est pas restée enfermée dans le procès-verbal d’une réunion.

Dans un an, la question essentielle ne sera donc ni de savoir combien de sessions le Forum aura organisées, ni combien de recommandations auront été adoptées.Elle sera beaucoup plus simple:Qu’est-ce qui aura réellement changé pour le Mauritanien vivant à l’étranger?Si nous pouvons apporter une réponse claire à cette question, le Forum aura rempli sa mission. Mais s’il faut organiser un nouveau forum pour soulever, une fois encore, les mêmes problèmes, cela signifiera que l’occasion n’aura pas été exploitée comme elle aurait dû l’être.

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