« Défricheuses de voix » : le cinéma célèbre les pionnières des droits des femmes en Mauritanie
Plus de 250 personnes ont assisté, samedi 31 octobre, à l’Institut français de Mauritanie, à la projection d’un documentaire consacré aux combats de quatre figures féminines qui ont ouvert la voie à l...

Il ressort que plus de 250 personnes ont assisté, samedi 31 octobre, à l’Institut français de Mauritanie, à la projection d’un documentaire consacré aux combats de quatre figures féminines qui ont ouvert la voie à la défense des droits des femmes. Un hommage à leur engagement, mais aussi un appel à poursuivre la lutte. Par Hawa Bâ L’Institut français de Mauritanie a accueilli, samedi 31 octobre 2026, plus de 250 personnes venues découvrir « Défricheuses de voix », un documentaire réalisé par la jeune sociologue et cinéaste Salimata Bâ.
À travers les parcours de quatre pionnières, le film retrace plusieurs décennies de luttes pour les droits des femmes en Mauritanie et met en lumière celles qui ont contribué à faire évoluer les consciences et la société. Au-delà de l’hommage, cette projection entend contribuer à la construction d’une mémoire collective et à la transmission d’un héritage militant. Pour les organisatrices, il était essentiel de rappeler ce que plusieurs générations de femmes ont accompli et de leur témoigner reconnaissance et gratitude.
« C’était pour nous un devoir », ont-elles souligné. Faire mémoire pour transmettre Salimata Bâ explique que l’idée du documentaire a germé dans le cadre des activités de l’Initiative pour la santé reproductive (ISR), qui entend donner davantage de voix et de visibilité aux femmes. Le choix des quatre portraits présentés dans le film est intervenu à l’issue d’un sondage réalisé auprès de 35 féministes mauritaniennes.
Une démarche qui donne au projet une dimension collective et ancre le récit dans la mémoire de celles qui ont porté ces combats. Ce qui la touche particulièrement dans cette réalisation, confie la cinéaste, c’est de constater que « des choses ont été faites ». Depuis des décennies, des femmes se battent et ont obtenu des avancées importantes.
Elles ont défriché le terrain, comme le suggère le titre du film. Un travail qu’il ne faut surtout pas oublier. « Quelque part, nous aussi, nous sommes de futures défricheuses de voix », affirme-t-elle, inscrivant ainsi son œuvre dans une continuité générationnelle.
Des avancées, mais un combat toujours d’actualité Pour Djeinaba Djom, co-coordinatrice de l’ISR et féministe, le documentaire rappelle que les luttes évoquées ne relèvent pas seulement de l’histoire. Elles restent profondément ancrées dans les réalités contemporaines.Certes, des progrès ont été enregistrés, notamment en matière de scolarisation des filles. Mais les défis demeurent nombreux.
Chaque génération doit poursuivre le combat avec les moyens de son époque, souligne-t-elle. La génération actuelle a ainsi la responsabilité de consolider les acquis et de transmettre le flambeau aux plus jeunes, pour contribuer à bâtir une Mauritanie plus équilibrée et plus égalitaire. Une émotion partagée dans la salle La projection a suscité de nombreuses réactions parmi les spectateurs.
Pour le rappeur Mozbi, le documentaire mérite d’être largement diffusé. « Il doit être diffusé partout », estime-t-il, saluant l’engagement de ces femmes qui se sont battues pour les générations actuelles. Il se réjouit également de voir les aînées transmettre leur expérience et leur savoir-faire à la jeunesse.
Spectatrice, Mounina Djigo s’est dite particulièrement touchée par le film. Elle y retrouve un combat qu’elle mène elle-même et dont elle a personnellement vécu certaines réalités. Voir cette histoire portée à l’écran constitue, à ses yeux, une source supplémentaire de motivation pour poursuivre son engagement.
Les pionnières passent le relais Moment fort de la rencontre: la présence de plusieurs figures emblématiques de la défense des droits des femmes en Mauritanie. Maître Fatimata M’baye, Zeinebou Taleb Moussa, Aminetou Mint El Moctar, ainsi que la représentante de la famille de la regrettée Aissata Kane, ont accueilli cette initiative avec fierté et émotion. Toutes ont encouragé les nouvelles générations à s’instruire, à connaître leur histoire et à poursuivre la lutte contre toutes les formes de violences basées sur le genre.
La connaissance, la mémoire et l’engagement constituent, à leurs yeux, des leviers essentiels pour renforcer le pouvoir d’agir des femmes. Avec « Défricheuses de voix », le cinéma devient ainsi un espace de mémoire, de reconnaissance et de transmission. Les pionnières ne sont plus seulement célébrées pour les combats qu’elles ont menés: elles deviennent des repères pour celles et ceux qui poursuivent leur œuvre.
Reste désormais à faire vivre cet héritage au-delà des murs de l’Institut français, en portant le documentaire dans les écoles, les universités et les espaces associatifs, partout où il pourra nourrir le débat et éveiller les consciences. Si les aînées ont défriché le chemin, aux nouvelles générations de poursuivre le tracé. Pour qu’un jour, en Mauritanie, l’égalité entre les femmes et les hommes ne soit plus une conquête à défendre, mais une réalité pleinement vécue.