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Le ministre sortant Dr Moctar Cheibani écrit : vers une commission nationale supérieure de coordination économique : l’intégration entre la politique monétaire, financière et productive en Mauritanie.

L’ancien ministre Dr Khtar Cheibani, professeur d’économie et de gestion – Université de Nouakchott – ancien ministre, dans une lecture qui dépasse le débat sur les décisions de la Banque centrale mauritanienne, l’ancien ministre et professeur d’économie le Dr Khtar Cheibani…

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D'après les sources officielles, le ministre sortant, Dr Khtar Cheibani, professeur d’économie et de gestion des affaires à l’Université de Nouakchott, ministre sortant, dans une lecture qui dépasse le débat autour des décisions de la Banque centrale mauritanienne, pose une question fondamentale concernant l’absence de coordination entre les politiques monétaires, budgétaires et productives. Il part d’une critique de la hausse des taux d’intérêt et des charges qui en découlent pour l’investissement et les petites et moyennes entreprises, pour affirmer que la lutte contre l’inflation ne peut pas reposer uniquement sur les outils monétaires, compte tenu de la multiplicité de ses causes et de leur lien avec la faiblesse de la production locale, le coût des importations et les déséquilibres du marché. Dans cette perspective, il propose la création d’une commission nationale supérieure indépendante de coordination économique, afin de garantir l’intégration des politiques et l’équilibre entre les objectifs de stabilité des prix, de stimulation de la croissance et de protection du pouvoir d’achat.

Il offre ainsi une vision institutionnelle de la gestion de l’économie qui dépasse les solutions ponctuelles. **Source: l’auteur** L’économie mauritanienne traverse une phase qui nécessite une meilleure coordination de ses différentes politiques, dans un contexte de pressions inflationnistes croissantes, de hausse du coût du financement et de défis accrus liés au pouvoir d’achat, au financement des activités productives et à l’investissement. La décision de la Banque centrale du 28 octobre 2026, qui a relevé le taux d’intérêt directeur à 7,25 % et augmenté le ratio de réserves obligatoires des banques de 8 % à 15 %, soulève une question fondamentale: la politique monétaire suffit‑elle à elle seule à combattre l’inflation sans nuire à l’investissement, à la production et à l’activité économique?

Je considère que la décision est techniquement compréhensible; elle vise à absorber l’excédent de liquidités et à réduire les pressions inflationnistes, un objectif légitime dans cette conjoncture. Cependant, je pense que son coût économique ne doit pas être négligé, car la hausse des taux et des réserves obligatoires augmente le coût de l’emprunt et durcit les conditions d’accès au financement, les petites et moyennes entreprises supportant la charge la plus lourde, ce qui se répercute sur l’investissement et l’emploi. Le plus important, à mon avis, est que limiter la lutte contre l’inflation à l’outil monétaire repose sur un diagnostic incomplet: l’inflation peut résulter d’une hausse de la demande, mais aussi d’une augmentation du coût des importations, du transport et de l’énergie, de la faiblesse de la production locale, de déséquilibres dans les chaînes de distribution et d’une concurrence limitée sur les marchés.

Ce sont des facteurs que la Banque centrale ne possède pas les moyens de traiter, de sorte que s’appuyer uniquement sur le resserrement monétaire ne ferait que soulager partiellement le problème tout en laissant ses racines intactes. Dans cette optique, je propose la création d’une commission nationale supérieure indépendante de coordination économique, qui constituerait un cadre institutionnel permanent de concertation, de coordination et de suivi. Cette commission devrait inclure: la Banque centrale mauritanienne, en tant que responsable de la stabilité monétaire; le ministère des Finances pour la coordination de la politique budgétaire et la gestion des dépenses publiques; le ministère de l’Économie pour le suivi des équilibres macroéconomiques et des politiques de développement; la Direction générale de la solidarité nationale et de la lutte contre l’exclusion « Taazour » pour orienter la protection sociale vers les catégories les plus affectées par l’inflation; la Commission de la sécurité alimentaire pour renforcer la sécurité alimentaire et intervenir sur les marchés en cas de besoin; le ministère de l’Agriculture pour soutenir la production nationale et réduire la dépendance aux importations; le ministère du Commerce pour surveiller les prix, réguler les marchés et renforcer la concurrence; ainsi que, le cas échéant, les employeurs, les banques, les acteurs économiques et les experts.

Le cadre institutionnel resterait indépendant. La mission de cette commission ne doit pas se limiter à l’échange d’informations, mais s’appuyer sur une vision économique intégrée articulée autour de cinq axes: 1. **Harmonisation des décisions de la Banque centrale et de la politique budgétaire** afin de maîtriser l’inflation et la liquidité sans créer de nouveaux déséquilibres.

2. **Protection du financement, de l’investissement et de la production**, en suivant l’impact de la hausse des taux et des réserves obligatoires sur le coût du financement et en proposant des mécanismes facilitant le financement des secteurs productifs et des PME selon des règles budgétaires claires. 3.

**Lien entre les politiques monétaire, commerciale, agricole et productive**, en encourageant la production locale, en améliorant les chaînes d’approvisionnement, de stockage et de distribution, et en réduisant l’exposition aux chocs externes. 4. **Protection du pouvoir d’achat des citoyens**, en garantissant l’acheminement des aides sociales et alimentaires aux bénéficiaires, en suivant les prix des produits de première nécessité et en prenant des mesures ciblées pour les groupes vulnérables.

5. **Surveillance des marchés et lutte contre les déséquilibres**, par l’analyse des prix, des marges de distribution, la détection des pratiques monopolistiques et spéculatives, et le renforcement de la concurrence et de la transparence. Pour que la commission remplisse efficacement son rôle, elle doit fonctionner avec des indicateurs économiques clairs et actualisés: taux d’inflation, coût du financement, volume du crédit bancaire, évolution de la liquidité, prix des denrées alimentaires, niveau de la production locale, dépenses sociales, etc.

Elle doit se réunir régulièrement, publier des rapports et des recommandations pratiques aux autorités compétentes, et évaluer en continu les résultats des décisions prises. Je souligne que l’indépendance de la commission ne signifie pas une ingérence dans les compétences légales de la Banque centrale, du ministère des Finances ou des autres institutions, mais bien une autonomie du cadre de coordination, d’analyse et d’évaluation, chaque institution conservant ses prérogatives et ses décisions. Le véritable problème réside dans le fait que le défi pour l’économie mauritanienne n’est pas seulement de réduire l’inflation en soi, mais de le faire tout en préservant l’investissement, la production, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Il est illogique d’exiger des banques qu’elles restreignent le crédit tout en demandant aux entreprises d’augmenter production et investissement sans offrir de solutions de financement équilibrées. De même, on ne peut combattre la hausse des prix alimentaires uniquement avec des outils monétaires si l’origine réside dans la faiblesse de la production locale, le coût des importations et du transport ou les déséquilibres de distribution. Le succès de toute politique anti‑inflationniste dépend de la capacité à concilier stabilité des prix et continuité de l’activité économique, à maîtriser les dépenses publiques tout en soutenant les secteurs productifs, et à contrôler la liquidité tout en protégeant les groupes sociaux fragiles.

En conclusion, la décision de resserrement monétaire, bien qu’elle soit justifiée pour absorber la liquidité, reste un traitement partiel, car l’inflation en Mauritanie a des causes multiples, certaines monétaires, d’autres liées à la production, à la distribution et à la concurrence. Ainsi, la création d’une commission nationale supérieure indépendante de coordination économique n’est plus une simple proposition organisationnelle, mais une nécessité imposée par la nature des défis actuels. Elle permettrait au pays de passer d’une multiplicité d’interventions sectorielles à une intégration des politiques, d’une gestion fragmentée des déséquilibres à une vision nationale unifiée fondée sur la coordination, la prévision et l’évaluation.

Une politique monétaire réussie ne peut être complète sans une politique budgétaire rigoureuse, une politique de production efficace, une politique sociale équitable et une politique commerciale garantissant la concurrence et la stabilité des marchés. L’objectif final n’est pas seulement de maîtriser l’inflation, mais d’atteindre la stabilité économique tout en préservant la croissance, l’investissement et l’amélioration des conditions de vie des citoyens.

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