Rapport d’activités CEA Afrique du Nord : De la donnée à l’action
A l’ouverture hier de la 41ème réunion du CIHFE le Dr Nassim Oulmane a au cours d’une présentation détaillée fait le bilan d’une année charnière pour le Bureau sous-régional pour l’Afrique du Nord (BS...
Selon les dernières informations, un passage d’activités isolées à des chaînes de résultats cohérentes, selon le rapport. Nous vous livrons un résumé succinct de ce rapport. Le chiffre clé: une croissance à 4,6% en 2025, mais sous tension.
Le profil socioéconomique 2026 élaboré par le BSR-AN montre une reprise à 4,6% en 2025 contre 1,1% en 2024, et environ 4% attendus en 2026. Mais elle reste exposée aux tensions de financement, aux prix de l’énergie et aux tensions géopolitiques, avec des situations budgétaires et d’endettement très divergentes entre les 7 pays membres. Le Bureau s’est structuré autour de 3 domaines de résultats.
DOMAINE 1: Faire des diasporas un moteur de financement C’est là le chantier phare, le volet le plus abouti. Dans le cadre du programme du Compte pour le développement « Renforcement du lien entre migration et développement en Afrique » (2024-2028): Égypte: mission consultative pour identifier les blocages et orienter les envois de fonds vers l’investissement productif. Tunisie: appui direct au Plan National de Développement 2026-2030, révision de la loi investissement de 2016, et mise en place d’outils SMART (indicateurs spécifiques, mesurables, réalisables, pertinents, temporels) pour suivre les réformes.
Atelier en décembre 2025 pour former 40 membres du groupe technique national. Lesotho: passage à l’action avec validation d’un cadre juridique Envois de fonds-Investissement et d’une matrice de réformes, inspiré par la Tunisie et le Ghana. Ghana, Côte d’Ivoire, Comores: diagnostics et feuilles de route.
Impact global: 146 personnes formées au Ghana et Lesotho. Deux manifestations mondiales de haut niveau organisées: Au 2ème Sommet mondial pour le développement social au Qatar (avec Tunisie, Ghana, Côte d’Ivoire, Comores, OIM – 80 participants): présentation des obligations diaspora et finance verte. Au Forum d’examen des migrations internationales à New York (avec Tunisie, Ghana, Jamaïque, Zimbabwe – 40 participants dont 27 femmes): contribution au Pacte mondial sur les migrations.
DOMAINE 2: Mobiliser des financements pour le développement durable D’abord concernant la gestion de la dette il y a l’Égypte comme modèle:Finalisation et publication de la Stratégie d’Endettement à Moyen Terme (SEMT) 2026-2029 et du plan annuel d’emprunt 2025-2026 pour l’Égypte, avec Global Sovereign Advisory. Fourniture d’un outil personnalisé d’Analyse de Viabilité de la Dette (AVD) avec modules de tests de résistance au Ministère égyptien des Finances. Extension à la Sierra Leone: appui au projet de loi 2026 sur la gestion de la dette publique.
2ème volet important: la Finance souveraine régionale avec l’organisation du 2ème Forum africain sur la finance souveraine avec FSD Africa: 18 pays africains, ministères des finances, banques centrales, investisseurs, agences de notation. Focus sur obligations durables, sukuk verts, échanges dette-climat et dette-nature, et financement mixte. DOMAINE 3: Finance verte Le 3ème axe est constitué par la Finance verte, avec en Tunisie l’élaboration d’une stratégie globale de finance verte et durable 2026-2028 avec le Ministère de l’Économie et la Bourse de Tunis, répondant à la rareté de l’eau, à l’érosion côtière et à la hausse des températures.
La CEA désignée partenaire technique pour la mise en œuvre. Sur le plan de la mobilisation des ressources intérieures, il a eu en Libye 30 fonctionnaires formés au nouveau système fiscal en ligne et paiements en ligne. En Égypte: formations sectorielles (agriculture, BTP, immobilier) avec résultat tangible: +30% de recettes fiscales en 2025/2026, baisse des différends au Centre des Grands Contribuables 2, doublement des contributions des entreprises publiques après la loi 159 de 2023.
Au Soudan: 15 fonctionnaires en visite d’étude en Égypte + 15 formés à la TVA. Un modèle de coopération Sud-Sud mis en œuvre. Une réunion d’experts a consolidé les leçons: déclaration électronique, facturation électronique, contrôles basés sur les risques et détection de fraude par IA, tout en rappelant que la tech nécessite infrastructures fiables et contrôle humain.
DOMAINE 3: Productivité, diversification et résilience ZLECAf et commerce numérique En Libye on note l’appui à un volet vert de sa stratégie nationale ZLECAf, intégrant climat et durabilité comme moteur de diversification. Le Forum de Développement de l’Afrique du Nord (100 participants): a traduit le Protocole ZLECAf sur le commerce numérique en 4 priorités: mise en œuvre des politiques, infrastructures, capital humain, écosystèmes inclusifs (protection données, paiements sécurisés, logistique).Rapport régional: évaluation de la préparation des 7 pays au Protocole sur le commerce numérique. En Égypte organisation d’un atelier au Caire pour 93 acteurs du secteur privé.
Avant: 75% n’avaient aucune connaissance de la ZLECAf. Après: 77% déclarent un bon niveau/expertise, 96,6% comptent appliquer les connaissances. PME: Le chantier algérien Deux projets majeurs avec le Ministère des Finances algérien:Accès au financement: cadre analytique finalisé et enquête prévue auprès de 500 PME.
Obstacles identifiés: faiblesse de structuration financière, manque d’infos fiables, garanties, incitations bancaires frileuses. Formalisation: cadre analysant l’informel au-delà du cash (travailleurs indépendants, micro-entreprises, dissimulation) et enquête 300 entreprises. Objectif: feuille de route reliant formalisation, inclusion financière et fiscalité, avec tests pilotes possibles en 2027.
Le BSR-AN a aussi produit une étude (1990-2024) montrant que la création d’entreprises ne crée pas automatiquement de la croissance durable sans qualité, productivité et formalisation. Croissance résiliente: Les nouveaux concepts « Repenser le piège du revenu intermédiaire face aux nouveaux défis mondiaux »: la convergence dépend désormais de résilience productive, de capacités tech/IA et d’institutions adaptatives. Cadre conceptuel pour la croissance résiliente: analyse des composantes productive, sociale, budgétaire, technologique, institutionnelle et écologique face aux chocs.
Proposition innovante: décote de la dette liée au climat (debt-climate haircut): lier un allègement à la vulnérabilité climatique et aux coûts d’adaptation, pour briser le piège auto-alimenté climat-dette. L’allègement financerait des stratégies de transition nationales. MPME femmes Obtention de 635 400 dollars sur la 18ème tranche du Compte pour le développement pour renforcer les capacités numériques et financières des MPME dirigées par des femmes en Égypte, Libye, Mauritanie et Tunisie.
Mise en œuvre des recommandations du 40ème CIHFE Le rapport montre que les 13 recommandations de la 40ème réunion (Rabat, 11-13 novembre 2025 sur « Mobilisation des ressources intérieures grâce à l’innovation et à la technologie ») ont guidé l’action. Le rapport final du CIHFE 40 a été présenté à la 44e réunion du Comité d’experts à Tanger en mars 2026.Point faible noté: aucune activité spécifique sur l’IA et les systèmes nationaux de données, seulement abordée indirectement via le commerce numérique et la fiscalité assistée par l’IA. Conclusion du Bureau: Besoin de mieux cibler les priorités thématiques, de renforcer le dialogue stratégique avec les États membres et de mobiliser des ressources dans un contexte d’incertitude géopolitique.
Le programme 2027, comme l’a annoncé le Dr Oulmane hier, visera à transformer la résilience de concept en réalité dans les politiques publiques. Le rapport d’activités complète son bilan sur deux dernières recommandations du CIHFE 40 et livre ses enseignements pour 2027.Point m): Réformer l’évaluation de la dette « Le dialogue régional sur la finance souveraine a réuni les autorités chargées de la dette, les institutions multilatérales et les agences de notation, tandis que l’étude sur la décote climatique de la dette préconise d’intégrer la vulnérabilité climatique et les coûts d’adaptation dans les considérations relatives à la dette. » Le Bureau pousse ainsi deux messages dans le débat international: Faire pression sur les agences de notation pour qu’elles intègrent le risque climatique et les besoins de développement durable dans leurs modèles de viabilité.
Proposer une décote climatique: l’allègement ne serait plus lié à la seule insolvabilité, mais à la vulnérabilité climatique mesurée (pertes de revenus attendues, coûts d’adaptation). Une proposition qui sera portée dans les discussions sur la dette et la réforme de l’Architecture Financière Internationale. Point n): Instruments transfrontaliers sur ressources intérieures « Lancer des initiatives visant à élaborer de nouveaux instruments de financement reposant sur les ressources intérieures pour financer des partenariats transfrontaliers.
» Réponse du Bureau, avec transparence: Aucun instrument spécifique n’a été finalisé. Le rapport explique que les travaux en cours sur la mobilisation des ressources intérieures, la finance verte tunisienne et le financement des PME algériennes constituent la base analytique nécessaire. La création d’un fonds ou mécanisme transfrontalier financé par ressources domestiques reste un chantier pour 2027-2028, nécessitant une demande plus claire des États membres.
Point o): Priorité aux données nationales « Accorder la priorité à l’utilisation des données nationales, lorsqu’elles sont disponibles, et s’employer à actualiser les données existantes. » Le Bureau assure avoir systématiquement utilisé les données nationales et les consultations pays dans:Analyses socioéconomiques 2026 Évaluations PME et informalité en Algérie (500 et 300 entreprises); Travaux dette Égypte/Sierra Leone; Diagnostics migration-développement Égypte/Tunisie. Précision importante: aucun projet distinct consacré aux systèmes statistiques nationaux n’a été mis en œuvre cette année, malgré la faiblesse relevée dans le rapport ODD 17 (Libye 35/100, Soudan 42/100 à l’indice de performance statistique).
Défis et enseignements tirés Le Bureau fait son autocritique. Il a opéré dans un contexte extrêmement contraint: Transitions politiques, préoccupations sécuritaires, pressions migratoires, tensions régionales et vulnérabilités climatiques qui retardent la mise en œuvre et limitent la coopération transfrontalière. Leçon n°1: L’appropriation nationale est la clé.
« Les initiatives régionales sont plus efficaces lorsqu’elles reposent sur une demande nationale concrète, l’apprentissage entre pairs et des partenariats axés sur la mise en œuvre. » Le succès en Tunisie (finance verte) et en Égypte (dette/fiscalité) vient de là. L’échec relatif sur les instruments transfrontaliers vient de l’absence de demande.
Leçon n°2: Trop large, pas assez de ressources. La nouvelle équipe « croissance inclusive et développement durable » a dû faire face à un mandat très large avec des ressources limitées. Conséquence: besoin d’un ciblage thématique plus précis.
La transition durable et la résilience se sont imposées comme orientation principale pour 2027, mais le Bureau reconnaît qu’un dialogue stratégique plus soutenu avec les États membres est nécessaire pour éviter les doublons. Leçon n°3: Faible réponse aux consultations. Le Bureau pointe une faible réponse aux consultations initiales lancées depuis juin 2026 pour choisir le thème du CIHFE 41.
D’où la nécessité de mécanismes de mobilisation plus efficaces. Leçon n°4: Sélectivité pour mobiliser. Dans un contexte de recul de l’aide au développement, une plus grande sélectivité et un positionnement plus clair devraient renforcer les partenariats et la mobilisation de ressources.
C’est tout l’enjeu du programme 2027 présenté par le Dr Nassim Oulmane: passer de la dispersion à 4 chantiers concrets – résilience budgétaire, diaspora, PME/ZLECAf, et boîte à outils croissance résiliente – et inviter chaque délégation à dire franchement où le Bureau apporte le plus de valeur ajoutée. Bakari Gueye/Rabat