Feu le Président SIDIOCA, ‘l’inaccompli’ et moi (Suite et fin)/Par Prof. Boubacar N’Diaye
Hélas, je ne rencontrais jamais le directeur de cabinet de feu le Président Ould Cheikh Abdallahi. Je présume que s’il n’avait peut-être pas choisi de soumettre à la lecture du Président le Memo...

D'après les sources officielles, la Mauritanie subit aujourd’hui encore les conséquences de ce décret venu, hélas, trop tard… Quelques semaines seulement avant cette date fatidique, j’arrivais à Nouakchott pour inviter et encourager les leaders du parlement mauritanien à envoyer des représentants prendre part à l’atelier de formation aux techniques de contrôle parlementaire au bénéfice de membres de commissions parlementaires ouest-africaines chargées des questions de défense et de sécurité que, en ma qualité de membre du directoire du Réseau Africain du Secteur de la Sécurité (RASS/ASSN), j’organisais à Bamako. J’en profitais pour remettre copies du Mémorandum au président du Sénat, feu Ba Mbarré, paix à son âme, au président de l’Assemblée Nationale Messaoud Ould Boulkheir (qui eut l’amabilité de me recevoir), et au Leader de l’Opposition, Ahmed Ould Daddah. Je dus faire antichambre pendant une heure au secrétariat de ce dernier avant de me résoudre à remettre sa copie à son directeur de cabinet le très regretté Kane Hamidou Baba, paix à son âme.
(J’avais dument laissé entendre dans ma correspondance au Président SIDIOCA que je me réservais le droit de vulgariser les propositions que je lui ai faites). Le contrefactuel Ainsi donc se termina cet effort d’apporter ma contribution à la réalisation du projet que j’avais jugé sincère du premier président véritablement démocratiquement élu (il est vrai, pour des raisons qui lui étaient propres, avec le lourd pouce du colonel Ould Abdel Aziz de son coté de la balance) de construire un Etat de droit. L’on ne pourra que spéculer quant à ce qui serait advenu de ce pays si feu SIDIOCA avait pris conscience à temps des risques que lui faisaient courir ainsi qu’à son projet politique l’absence de réforme de l’appareil sécuritaire dont il a hérité, et surtout, surtout, sa décision de garder à ses côtés (et de choyer!) l’officier le plus ambitieux/audacieux, et qui était sans doute le plus politisé aussi des membres du CMJD...
L’officier qui avait déjà perpétré un coup d’état grâce à son commandement du BASEP. Que le même officier se soit avéré être aussi le plus porté sur le lucre n’avait, bien sûr, en rien aidé. Une RSS bien menée aurait sans doute commencé le process de levée de l’hypothèque prétorienne dont rêve le peuple mauritanien depuis le 3 Août 2005.
Que l’on me permette le luxe d’un dernier contrefactuel au moment politique que nous vivons présentement en conséquence: Et si seulement les principaux protagonistes des coups d’état d’Août 2005 et d’Août 2008 n’avaient pas goûté à cette potion maléfique, enivrante, faite à parts égales de soif de pouvoir, de cupidité, et d’ambitions personnelles débridées (avec une pincée d’idéologies pan-arabistes)? Parions qu’une certaine amitié complice en kaki, la plus vieille de la République, aurait perduré, et que les intéressés auraient aujourd’hui l’aura de véritables héros mythiques, de saints presque. En égrénant leurs chapelets côte à côte, Ould Abdel Aziz et son ami de toujours, vénérables officiers à la retraire (anticipée depuis avril 2007, comme tous leurs collègues du CMJD), auraient été en droit de raconter dans les détails, à leurs petits-enfants admiratifs et fiers, comment, un jour d’Août 2005, ils avaient pris leur courage à deux mains, ‘risqué leurs vies’ et sauvé la patrie du danger que lui faisaient courir un certain Ould Taya et la clique qui l’entourait.
(Ils seraient en droit de rappeler que ceux-ci n’étaient pas que des militaires). Ils pourraient ajouter qu’ils avaient vaillamment résisté à toutes les tentations et manipulations, et avaient pu ainsi mettre le pays sur orbite pour une Transition réussie et une démocratisation véritable, irréversible. Si seulement… Mais bien sûr, à ce contrefactuel, il y a la réalité têtue d’Août 2026 avec ses incertitudes, ses débats sur le possible troisième mandat, sur la sincérité de la lutte contre la corruption, les périls potentiels, etc, etc...
Quel gâchis, n’est-ce pas?! Puisse le prochain président civil démocratiquement élu, un autre SIDIOCA à qui le peuple aura donné une seconde chance pour ainsi dire, en tirer quelque enseignement.