Économie·

Dette publique : le rapport du FMI révèle les fragilités persistantes de la Mauritanie

Derrière les progrès techniques salués par le Fonds monétaire international, son rapport de mai 2026 met en évidence une économie vulnérable, une gestion des données encore défaillante et une dette su...

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Il ressort que la Mauritanie ne souffre donc pas seulement de la volatilité des cours internationaux. Elle souffre également de l’incapacité persistante à transformer les périodes favorables en épargne publique, en diversification économique et en investissements sociaux durables. Le risque est alors bien connu: les recettes augmentent durant les périodes fastes, les dépenses suivent, puis la population est appelée à consentir des sacrifices lorsque les prix baissent.

Le déficit hors industries extractives, principal danger Le rapport identifie le déficit primaire non extractif comme le risque le plus important pour la trajectoire de la dette. Un choc d’un écart-type sur ce déficit pourrait augmenter la dette publique de près de six points de PIB en 2026. Ce chiffre est nettement supérieur aux effets estimés d’un choc isolé sur les prix des matières premières.

Il signifie que la vulnérabilité mauritanienne ne vient pas uniquement de l’étranger ou du climat. Elle résulte aussi de la structure interne du budget: faiblesse des recettes fiscales hors secteur extractif, dépenses peu maîtrisées et dépendance excessive envers les revenus miniers. Le FMI prévoit, dans son scénario de référence, une hausse de la dette en 2024 et 2025, en raison de déficits non extractifs élevés par rapport aux recettes tirées des ressources naturelles.

Une diminution est envisagée à partir de 2026 grâce à la croissance et aux revenus extractifs. Mais cette trajectoire repose sur des hypothèses qui peuvent être démenties par un retournement des cours, un retard dans les projets gaziers, une dépréciation de la monnaie ou une catastrophe naturelle. Une catastrophe climatique pourrait alourdir lourdement la dette La Mauritanie est particulièrement exposée aux sécheresses et aux inondations.

Pour mesurer ce risque, le rapport simule une sécheresse causant des dommages équivalents à 11,5 % du PIB. Dans ce scénario, la croissance reculerait de 3,4 points, l’inflation augmenterait de 3,2 points et la monnaie se déprécierait de 5,4 % par rapport au scénario de référence. Le solde primaire se dégraderait de 1,4 point de PIB et la dette augmenterait d’environ quatre points de PIB dès la première année.

Pour les populations, ces chiffres abstraits recouvrent des conséquences très concrètes: hausse des prix alimentaires, perte de revenus ruraux, mortalité du bétail, destruction d’habitations, recul de l’emploi et pression supplémentaire sur les services publics. Le rapport rappelle d’ailleurs que la flambée mondiale des prix alimentaires consécutive à la guerre en Ukraine avait accru l’insécurité alimentaire, jusqu’à toucher 20 % de la population. Cette donnée montre que la vulnérabilité budgétaire est d’abord une vulnérabilité sociale.

Lorsque l’État dispose de peu de marges financières, chaque sécheresse et chaque inondation l’obligent à arbitrer entre l’aide aux sinistrés, le maintien des investissements et le paiement de la dette. Un outil incomplet reposant sur des données fragiles Le principal résultat de l’assistance technique du FMI est l’adoption d’un outil de dynamique de la dette. Celui-ci permet de réaliser des projections à partir d’une dizaine de variables macroéconomiques et budgétaires.

Mais le rapport reconnaît lui-même plusieurs limites importantes. La qualité des résultats dépend fortement de « la disponibilité et de la fiabilité des données ». Les exercices ont justement mis en évidence plusieurs problèmes dans les données mauritaniennes.

Le nouvel outil ne tient pas non plus compte de tous les déterminants de l’endettement. Les autorités signalent notamment qu’il ne relie pas le déficit structurel du compte courant de la balance des paiements aux trajectoires de la dette extérieure. Il ne suffit donc pas, à lui seul, pour évaluer complètement la soutenabilité de la dette.

Le modèle utilise les hypothèses de croissance, d’inflation, de taux de change et de solde budgétaire qui lui sont fournies. Il ne vérifie pas automatiquement si ces hypothèses sont réalistes. Une projection construite sur des données incomplètes ou sur une croissance surestimée peut donc produire une image artificiellement rassurante.

Le rapport révèle par ailleurs que la Mauritanie ne disposait pas, avant cette assistance, des outils nécessaires pour produire des projections cohérentes de la dette. La coordination entre le ministère des Finances, celui de l’Économie et la Banque centrale restait insuffisante. La division des tâches, les délais de transmission des données et les responsabilités institutionnelles doivent encore être formalisés d’ici décembre 2026.

Le FMI reconnaît également que les compétences acquises pourraient rapidement disparaître en cas de mutation des agents formés ou de réorganisation administrative. Une capacité stratégique de l’État repose donc encore sur un noyau restreint de techniciens, avec un risque important de perte de savoir-faire. Qui supportera l’ajustement?

Le rapport raisonne principalement en termes de dette, de déficit primaire et de trajectoire budgétaire. Il dit beaucoup moins sur la répartition sociale des efforts nécessaires pour ramener la dette à un niveau jugé soutenable. Or un « ajustement budgétaire » peut prendre des formes très différentes: réduction du train de vie de l’État, lutte contre les exonérations injustifiées, amélioration de la collecte fiscale, taxation des rentes minières, ou au contraire hausse des prix administrés, diminution des subventions, augmentation des impôts indirects et réduction des investissements sociaux.

Ces mesures n’ont évidemment pas les mêmes conséquences. Si l’ajustement repose principalement sur la fiscalité indirecte et la baisse des subventions, les ménages modestes seront les premiers touchés. Une augmentation du prix des carburants se répercute sur le transport, les denrées alimentaires et les coûts de production.

Une réduction des dépenses publiques peut retarder la construction d’écoles, de centres de santé, de réseaux d’eau ou d’infrastructures contre les inondations. Le danger est donc que l’État utilise désormais des outils plus sophistiqués pour prévoir la dette, sans modifier la manière dont les ressources publiques sont réparties ni garantir que les populations soient protégées contre le coût des ajustements. La technique ne remplacera pas la transparence La formation des cadres mauritaniens constitue indéniablement un progrès.

Un pays doit être capable d’analyser lui-même sa dette, au lieu de dépendre entièrement des projections des institutions financières internationales. Mais savoir mieux calculer la dette ne signifie pas encore savoir mieux la gérer. Le rapport ne fournit ni audit détaillé de l’endettement, ni inventaire exhaustif des garanties accordées par l’État, ni évaluation publique de la rentabilité des projets financés par emprunt.

Il ne permet pas non plus de savoir précisément qui bénéficie des dépenses engagées et qui remboursera les dettes contractées. La véritable avancée ne viendra donc pas seulement d’un nouveau fichier Excel ou d’un modèle de projection. Elle dépendra de la publication régulière des données, du contrôle parlementaire, de l’évaluation des projets, de la transparence des contrats extractifs et de la protection explicite des dépenses sociales.

À défaut, la Mauritanie disposera peut-être de meilleurs instruments pour constater ses fragilités, mais pas nécessairement des politiques permettant de les corriger. Et lorsque surviendra le prochain choc climatique ou minier, ce sont encore les populations, en particulier les plus pauvres, qui risqueront d’en payer le prix.

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