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Mauritanie : 40 ans après septembre 1986, le devoir de mémoire par Kaaw Elimane Bilbassi Touré

Kaaw Elimane Bilbassi Touré – DEVOIR DE MÉMOIRE: Septembre 1986- Septembre 2026 : Nos années de braise racontées à mon fils C’était le 4 septembre 1986. Ce jour-là commença une longue nuit dont les...

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Il ressort que c’est dans cette même logique de despotisme sanguinaire que le régime de Taya procéda, à la fin de 1990 et au début de 1991, à l’arrestation, une fois encore, de plus de trois mille Négro-Mauritaniens, civils et militaires, accusés, selon les prétextes désormais classiques, d’avoir comploté contre l’État. En mars 1991, sous la pression nationale et internationale, la dictature recula. Elle procéda à des « remises de peine gracieuses » qui devaient aboutir à la « libération » de plusieurs prisonniers politiques négro-mauritaniens.

Mais derrière les mots officiels, il y avait les morts. Des centaines d’hommes avaient été exécutés extrajudiciairement. Des milliers de personnes avaient disparu dans la vallée au cours de ces années de braise.

Dans la totalité des villes et villages du Sud, de Ndiago à Daffor, il n’existe pratiquement aucune famille négro-africaine qui ne porte encore dans sa chair ou dans sa mémoire la trace de cette tragédie: un exilé, un déporté, un assassiné, un disparu ou un homme, une femme, un enfant estropié à vie. Le 4 septembre 1986, l’histoire de ces années de braise commençait ainsi. Quarante ans plus tard, les blessures ne sont toujours pas refermées.

Que de larmes versées! Que de sang répandu! Que de paroles étouffées et de silences imposés!

Et pourtant, malgré les prisons, l’exil, la peur et la mort, la flamme ne s’est jamais éteinte. Les FLAM d’hier, devenues les FPC d’aujourd’hui, furent parmi les premières à porter le flambeau de la résistance. Elles continuent, contre vents et marées, à lutter et à résister aux assauts du Système, de ses serviteurs et de ses alliés.

Une chose demeure certaine: on peut critiquer, dénoncer, reformuler, réformer, refonder; on peut changer les mots, les hommes et les structures. Mais lorsque l’on revient à la question fondamentale de notre vivre-ensemble, on retrouve le même constat que celui posé dans le Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé de 1986. Et l’on retrouve aussi la même exigence: un dialogue intercommunautaire véritable pour bâtir un État juste, égalitaire, démocratique et non racial.

En ce jour de mémoire, mes pensées pieuses et militantes vont à tous nos martyrs tombés sur le champ d’honneur, à Oualata, Djreïda, Inal, Azlat, N’Beïka et dans toute la vallée. Je pense à ceux dont les noms ont été gravés dans nos mémoires, mais aussi à ceux dont l’histoire n’a jamais retenu le nom. Je pense aux familles qui attendent encore la vérité, aux exilés qui ont vieilli loin de leur terre, aux déportés qui portent leur pays dans leur cœur, et à tous ceux dont les blessures demeurent invisibles.

Je raconte ces événements à mon fils parce qu’une mémoire qui n’est pas transmise est une mémoire condamnée à disparaître. Je lui raconte non pas pour nourrir la haine, mais pour que la vérité ne soit jamais sacrifiée au silence; non pas pour transmettre la vengeance, mais pour que les générations futures comprennent le prix de l’injustice et la nécessité de construire enfin une nation où nul ne soit étranger chez lui. Demain, il fera jour et la lutte continue.

Kaaw Elimane Bilbassi Touré NB: Photo prise en mars 1987 à Kaédi, après ma sortie de prison. #followers #Annéesdebraisemauritanie

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