Le calvaire des écoles privées en Mauritanie : vers une école républicaine à deux vitesses ?
École Républicaine – L’histoire de l’enseignement privé en Mauritanie est celle d’un paradoxe. Apparues dans les années 1980, les premières écoles privées n’avaient alors qu’une vocation modeste :...

Alors que la loi se veut restrictive pour l’ensemble du secteur privé national, une dérogation a été accordée le 8 octobre 2024 à une poignée d’établissements dispensant un enseignement homologué selon le système français – notamment Mon Afrique, Les Prunelles, Les Méharées ou Les Sablettes – les autorisant à maintenir les classes de première, deuxième et troisième années. Dès lors, une discrimination de fait s’instaure. D’un côté, l’école privée nationale, accessible à la classe moyenne, est sommée de fermer ses classes fondamentales.
De l’autre, l’école privée homologuée, dont les frais d’écolage sont inaccessibles au plus grand nombre, est autorisée à les maintenir. Cette dualité nourrit un profond ressentiment. Ahmed, père de famille, confie avec amertume: « Je suis contraint de transférer mes enfants ailleurs.
Les écoles homologuées ont fait grimper les frais à des niveaux prohibitifs. Les plus aisés s’offrent le luxe d’y inscrire leurs enfants, tandis que nous, plus modestes, en subissons les conséquences. J’envisage, à l’instar de mes voisins, de scolariser mes enfants au Sénégal.
» Quant à Demba, il s’interroge: « Il aurait fallu appliquer la même règle à tous. La dérogation accordée à certains établissements crée une incompréhension totale. » Enfin, Aliou coupe la poire en deux et propose une alternative: « Le Ministère de l’Éducation aurait mieux fait de réglementer l’autorisation des écoles privées et leur implantation, comme cela a été fait pour les pharmacies, avec un suivi rigoureux.
Fermer n’est pas la solution… » Une proposition qui résume à elle seule l’esprit de cette crise: l’État ne devrait-il pas réguler au lieu de supprimer? En définitive, l’histoire boucle son cycle avec une certaine ironie. Si, hier, l’école privée recueillait les exclus de l’école publique, aujourd’hui, c’est l’école publique qui exclut l’école privée de son cycle fondamental.
Loin de sanctionner de simples promoteurs, cette réforme pénalise en premier lieu les familles les plus vulnérables. Car on ne saurait bâtir une École Républicaine équitable en instaurant une école à deux vitesses. Yahya Niane pour Rapide info