Réflexions sur les résultats du Forum des communautés : quand nos communautés passeront‑elles de consommatrices de services à productrices de développement ?
Lorsque le rideau tombe sur un rassemblement national de l’envergure du « premier forum des communautés mauritaniennes » et que les participants repartent vers leurs pays de résidence, la valeur de l’événement ne se mesure pas aux slogans éclatants qui y ont été lancés, ni aux sujets abordés sur les tables de discussion…

D'après les sources officielles, comment, alors, demander à l’État de financer un fonds pour le rapatriement des corps depuis les continents d’où partent nos compatriotes, ou d’ouvrir des centres de bien‑être éducatif pour nos enfants dans des pays dotés de systèmes d’enseignement avancés, alors que des enfants au pays vivent dans le vide et se réfugient à l’ombre des arbres pour chercher le savoir? Des patients ne peuvent même pas accéder vivants aux portes des hôpitaux? Ce qui est réellement regrettable, c’est que ces communautés ne sont pas composées de personnes dépendantes, mais rassemblent des compétences élevées: hommes d’affaires prospères, médecins éminents, ingénieurs, professeurs d’université, experts ayant passé des décennies dans des sociétés avancées, organisées selon les principes de l’institution et de la solidarité communautaire.
On s’attendait à ce que ces élites soient un modèle d’initiative et d’autonomie, et non un fardeau supplémentaire pour le trésor d’un État déjà accablé par les crises. Les communautés ne pourraient‑elles pas organiser leurs rangs, créer leurs propres fonds de solidarité pour gérer les affaires funéraires et soutenir l’éducation de leurs enfants, sans que ces questions ne se transforment en titres principaux d’un congrès national dédié au développement et à l’investissement? N’aurait‑il pas été plus judicieux que les hommes d’affaires et les compétences de la diaspora reviennent au pays en annonçant des projets solidaires: une école rénovée dans un village oublié, une ambulance destinée à un centre de santé démuni, ou des programmes de formation médicale dirigés par les médecins expatriés au sein du pays?
Les nations ne se construisent pas par une logique de revendication permanente de droits individuels, mais se lèvent sur les épaules d’enfants fidèles qui donnent avant de demander, qui agissent avant d’attendre l’initiative officielle. Lorsque cet esprit fait défaut et que les conférences des compétences se réduisent à des occasions de dresser des listes de demandes et de besoins personnels, nous envoyons un message douloureux aux citoyens modestes du pays: nous ne voyons la patrie qu’à travers le prisme de nos intérêts étroits, et leurs luttes quotidiennes contre la soif, la maladie et l’ignorance ne figurent que très tard dans nos priorités. Il ne fait aucun doute que le gouvernement a une responsabilité permanente qui ne doit pas faillir à fournir les services de base et à prendre soin de ses citoyens, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Mais la société – et les élites en particulier – ont une éthique, une responsabilité morale et historique envers leurs compatriotes. Le forum est terminé, et ces questions douloureuses restent en suspens, sans réponse claire: qu’avons‑nous réellement apporté de nos mains à ceux qui n’ont pas la possibilité d’émigrer? Combien de villages avons‑nous sauvés par un effort autonome?
Répondre à ces interrogations constitue le véritable test de la sincérité de notre appartenance, et la seule voie pour que notre présence à l’étranger devienne une véritable valeur ajoutée, et non un fardeau supplémentaire aux plaies de la patrie.