Économie·

Discours du Premier ministre devant le parlement et la vision de développement de la Mauritanie 2060

Le discours de Son Excellence le Premier ministre, Monsieur Moctar Ould Diay, devant l’Assemblée nationale, à l’occasion de la présentation de la politique générale du gouvernement pour l’année 2026, est arrivé chargé de multiples messages politiques, économiques et de développement, reflétant les traits d’une nouvelle phase dans…

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Selon cette vision, les gouvernements ne devraient pas repartir de zéro à chaque changement, mais s’appuyer sur les acquis, corriger les échecs et ouvrir de nouvelles perspectives pour ce qui n’a pas encore été réalisé. Il s’agit d’un message qui dépasse le cadre gouvernemental pour toucher la culture de la gouvernance de l’État, l’importance de préserver la mémoire institutionnelle, d’accumuler les expériences et d’assurer la continuité des politiques publiques. Le discours a consacré une place importante aux répercussions de la crise économique mondiale et à leurs conséquences sur la hausse des prix et le coût de la vie, estimant que la protection du pouvoir d’achat des citoyens, en particulier des catégories à revenu faible et les plus vulnérables, constitue une priorité urgente qui ne peut être différée.

Il a présenté un ensemble de mesures proposées, parmi lesquelles: - la révision du mécanisme de fixation des prix des carburants; - l’élargissement du plafonnement des prix des produits de première nécessité pour inclure la viande; - l’intervention pour soutenir les factures d’eau et d’électricité des ménages à faible revenu; - la révision des salaires et des pensions de certaines catégories; - le renforcement du soutien aux personnes handicapées et aux malades chroniques. Ces actions traduisent une orientation vers le renforcement de la fonction sociale de l’État, en utilisant les outils de la politique financière et sociale pour atténuer les effets des chocs externes sur les ménages. Le véritable pari réside dans la mise en œuvre de ces mesures, la précision de l’identification des bénéficiaires, la rapidité de l’acheminement du soutien vers les groupes ciblés, tout en garantissant la durabilité du financement et le respect de l’équilibre budgétaire de l’État.

Une protection sociale efficace constitue un système intégré qui combine revenu, services de base, opportunités d’emploi et équité dans la répartition des chances. L’une des transformations majeures soulignées par le discours est le passage d’une focalisation sur la fourniture d’infrastructures et de services de base à la réflexion sur la manière de transformer ces investissements publics en activités économiques productives et en emplois durables dans les wilayas. Après des années d’investissement dans les routes, l’eau, l’électricité, l’éducation et la santé, le défi présenté, selon la vision exposée, est de valoriser ces acquis et de les relier à une dynamique économique locale capable de créer de la richesse et de retenir la population dans leurs régions.

Cette vision reflète la prise de conscience d’un déséquilibre structurel du modèle de développement national, à savoir la concentration d’une grande partie des activités économiques, des services et des emplois dans la capitale Nouakchott, entraînant une pression urbaine et démographique croissante ainsi qu’une migration interne vers le centre. Dans ce contexte, l’importance du programme économique dédié aux wilayas intérieures se fait sentir: il repose sur l’exploitation des avantages comparatifs de chaque wilaya, le développement de l’agriculture et de l’élevage, la stimulation de l’investissement privé, le financement d’initiatives jeunes et la création d’un fonds spécial pour encourager le financement du développement interne. Cette orientation est cruciale, car elle ne considère pas les wilayas intérieures comme de simples zones nécessitant des interventions sociales ou des projets d’infrastructure, mais comme des espaces économiques dotés de potentiels productifs à transformer en véritables opportunités de croissance et d’emploi.

La réussite de ce concept exige toutefois le passage de programmes généraux à des plans régionaux détaillés, définissant pour chaque wilaya ses spécificités économiques, les secteurs d’investissement prioritaires, les infrastructures nécessaires et les acteurs capables de mettre en œuvre les projets. Parmi les points saillants du discours figure l’inclusion de l’aménagement urbain, de la propreté, de la collecte et du traitement des déchets parmi les priorités de la prochaine phase, ainsi que la préparation de plans d’urbanisme et le développement des infrastructures des grandes villes. Cela témoigne d’une évolution de la vision du développement urbain, qui ne se mesure plus uniquement à la disponibilité des routes, de l’eau, de l’électricité et des bâtiments publics, mais dont la qualité du cadre urbain, la propreté des villes, l’organisation de l’expansion, la présence de jardins, de places et d’espaces verts deviennent des critères essentiels d’évaluation de la qualité de vie et du niveau de développement.

Dans ce contexte, l’appel à réformer le système de collecte et de traitement des déchets revêt une importance particulière, compte tenu des déséquilibres que connaissent les villes mauritaniennes dans ce domaine et des conséquences environnementales, sanitaires et esthétiques qui en découlent. L’élaboration de programmes d’aménagement urbain pour les villes de Nouakchott et Nouadhibou, l’attention portée à l’assainissement, le pavage et le verdissement des rues principales, ainsi que la création de places publiques et de zones côtières, traduisent une volonté de redonner à la fonction urbaine et esthétique de la ville toute sa valeur. Tout cela souligne l’importance d’une articulation entre planification urbaine, réalisation de projets, entretien périodique des installations et des espaces publics, la qualité urbaine nécessitant également la garantie de sa durabilité, de sa disponibilité et de sa fonctionnalité.

L’annonce du lancement d’un processus d’élaboration d’une vision nationale pour la Mauritanie à l’horizon 2060 constitue l’un des axes stratégiques majeurs du discours. La réflexion sur la Mauritanie cent ans après l’indépendance dépasse le simple symbolisme; elle traduit la reconnaissance d’un besoin de modèle de développement à long terme, dont les grandes orientations ne changent pas avec les gouvernements ou les équipes administratives. Le Premier ministre a clairement indiqué le coût supporté par le pays du fait de la répétition des débuts à chaque changement politique ou administratif, entraînant perte de temps, de ressources et d’expertise accumulée.

Cette vision a le potentiel d’établir un cadre de référence unique pour les politiques publiques, définissant les grandes orientations de l’État dans les domaines de l’économie, de l’éducation, de la santé, des infrastructures, de l’urbanisme, de l’environnement et du développement humain. Dans l’attente que l’élaboration de la vision 2060 repose sur un diagnostic scientifique précis des potentialités nationales et des défis futurs, qu’elle se traduise en un plan national de développement avec des objectifs mesurables, des programmes définis, des priorités claires et des mécanismes de financement, de suivi et d’évaluation, le succès de ce processus dépendra de l’implication des compétences nationales, des universités, du secteur privé, des jeunes et des acteurs économiques et sociaux, ainsi que de la garantie de la continuité de l’engagement au sein des institutions de l’État. Le discours n’a pas négligé l’une des conditions essentielles à la réussite de tout projet de développement: la réforme de la fonction publique.

L’annonce de critères objectifs de promotion dans la fonction publique, fondés sur l’ancienneté, l’expérience, la spécialisation, la compétence et la performance, avec distinction entre postes administratifs et postes à caractère politique, constitue une étape importante vers le renforcement du professionnalisme administratif et la consolidation du principe du mérite. De même, l’accent mis sur la formation continue, le transfert d’expertise, l’exploitation des technologies modernes et de l’intelligence artificielle reflète la prise de conscience que l’administration ne se limite plus à l’exécution de procédures traditionnelles, mais doit maîtriser les outils de planification, d’analyse, d’évaluation et de gestion modernes. Cependant, une véritable réforme administrative requiert, en plus des textes réglementaires, le développement d’une culture de la performance et de la responsabilité, le lien entre promotion et résultats, la modernisation des méthodes de travail, l’élargissement de la numérisation, le renforcement de la coordination intersectorielle et l’ancrage du principe de reddition de comptes.

Il est impossible de bâtir un modèle de développement ambitieux avec des outils administratifs traditionnels, ni d’obtenir des résultats durables sans une administration qualifiée, efficace et capable de transformer décisions et politiques en réalisations concrètes. Le défi de la période ne réside pas seulement dans la mobilisation des financements ou le lancement de projets, mais dans la qualité de l’exécution, le respect des délais, l’efficacité de la coordination entre les secteurs et la capacité à mesurer l’impact réel des politiques publiques sur la vie des citoyens. Il convient donc de mettre en avant l’importance d’indicateurs de performance clairs, d’une attribution précise des responsabilités, d’un dispositif d’évaluation et de reddition de comptes périodique, permettant de distinguer ce qui a été annoncé, ce qui a été lancé, ce qui a été achevé et ce qui a réellement influencé la vie des citoyens.

L’équilibre entre les interventions sociales urgentes et les investissements structurels à long terme nécessite de protéger le pouvoir d’achat des citoyens sans compromettre la stabilité financière, de stimuler l’investissement sans négliger la justice sociale, et de développer les villes et les wilayas sans créer de nouveaux déséquilibres dans la répartition des ressources et des opportunités. En somme, le discours du Premier ministre peut être lu comme une annonce de réorientation des priorités du travail gouvernemental, passant d’une phase largement centrée sur l’expansion des infrastructures et l’accès aux services de base, à une phase visant à valoriser ces investissements, à les transformer en dynamique économique, à renforcer la protection sociale, à redonner de l’importance au développement urbain et à poser les bases d’une planification stratégique à long terme. Ce qui caractérise particulièrement cette orientation, c’est la combinaison de trois niveaux d’action: la réponse immédiate aux pressions du coût de la vie, le lancement d’une dynamique économique et de développement dans les wilayas intérieures, et la mise en place d’une vision nationale à long terme qui envisage la Mauritanie en 2060.

Il s’agit d’une approche ambitieuse, mais qui impose en même temps une lourde responsabilité au dispositif gouvernemental et administratif, car la valeur des politiques publiques se mesure à leur capacité à engendrer un changement concret et durable dans la vie des citoyens. Le citoyen attend de sentir l’impact de cette vision sur son revenu, sur la qualité des services de santé et d’éducation, sur la disponibilité de l’eau et de l’électricité, sur la propreté et l’esthétique de sa ville, ainsi que sur les opportunités d’emploi et d’investissement offertes à ses enfants. Entre la clarté de la vision et l’efficacité de son exécution se déterminera la capacité de la prochaine période à passer de l’ambition de planifier à la réalité du développement, du cumul de projets à la construction d’un modèle de développement national durable.

Ce qui inspire l’optimisme, c’est la netteté de l’orientation des politiques publiques, la cohérence des priorités présentées avec la vision nationale à long terme, ainsi que la volonté déclarée de poursuivre les réformes, d’améliorer la performance des services publics et de renforcer la présence de l’État dans tous les domaines et territoires. La période à venir représente une opportunité de consolider les acquis, d’accélérer le rythme des réalisations, de renforcer la confiance entre le citoyen et ses institutions, de façon à faire de chaque projet une réussite, chaque politique publique un succès, et ainsi ajouter une nouvelle pierre à l’édifice de la Mauritanie que nous aspirons à construire. En conclusion, nous saluons le contenu du discours de Son Excellence le Premier ministre, et demandons à Dieu Tout-Puissant (qu’Il le bénisse) que Sa Majesté le Président de la République, M.

Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, ainsi que Son Excellence le Premier ministre, M. Moctar Ould Diay, et tous les membres du gouvernement, accomplissent leurs missions nationales, qu’ils soient guidés sur le droit chemin pour le bien de la Mauritanie, son élévation et sa prospérité, et qu’ils couronnent leurs efforts de davantage de succès et d’accomplissements.

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