Société·

Al‑Maslamani lit les transformations du monde à travers le livre (Maspero) «Politique et culture dans un monde en mutation» du docteur Nasr Aref.

Ahmed Al‑Mouslmani, président de l’Autorité nationale des médias, apparaît dans une introduction intellectuelle riche, reflétant une vaste culture et une vision médiatique et culturelle consciente. L’écrivain et journaliste Ahmed Al‑Mouslmani, président de l’Autorité nationale des médias de la République arabe d’Égypte, s’adresse aux lecteurs…

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EssadaTraduit de l'arabe
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Il ressort que il écrit: « En 2010, l’équipe B2, créée pour démanteler la menace islamique – qui avait hérité de la menace communiste selon les analystes occidentaux – a publié un rapport intitulé « Shariah: The Threat To America ». Ce rapport de 370 pages conclut que le vrai danger pour les États‑Unis n’est pas les terroristes ou les extrémistes musulmans, mais les musulmans modérés, tolérants, civilisés et modernistes qui souhaitent revitaliser la civilisation islamique en se concentrant sur les sciences, la technologie et la pensée islamique. Revitaliser la civilisation islamique menacerait l’unicité de la civilisation occidentale et créerait une concurrence forte, ce qui mettrait en péril la domination des États‑Unis, dont le leadership mondial repose sur la suprématie de la civilisation occidentale.

La question logique qui s’en suit: pourquoi cette menace ne s’applique‑t‑elle qu’à la civilisation islamique? Pourquoi la Russie, la Chine ou l’Inde ne seraient‑elles pas des menaces pour la civilisation occidentale? La réponse est simple: la Russie fait partie intégrante de la civilisation occidentale, tandis que la Chine et l’Inde n’ont jamais porté le drapeau d’une civilisation mondiale universaliste.

Leurs civilisations sont fermées à leurs propres peuples, sans aspiration humaniste ou globale. Curieusement, l’hindouisme, jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, interdisait aux hindous de naviguer, de sorte que les marchands indiens étaient les musulmans indiens, riches et influents. » Le Dr Aref décrit dans notre livre un modèle dominant et dangereux dans notre pays, qu’il baptise « les libres traîtres », un terme audacieux qu’il a forgé.

Il explique: « Les libres traîtres deviennent une désignation scientifique lorsqu’on suit le comportement de cette frange d’élites politiques et culturelles du monde arabe, ceux qui s’opposent fermement aux gouvernements de leurs pays, qui ont tout le droit, toute la reconnaissance et le respect, qui brandissent le drapeau de la liberté, de la justice et des droits humains, qui résistent à l’oppression et à la tyrannie, mais qui, en même temps, recherchent le soutien de puissances étrangères, acceptent l’aide extérieure, et laissent leurs patries être occupées pour les libérer du joug autoritaire, leur offrant la « liberté » à la table de John Bremer, le gouverneur américain de l’Irak après la libération. » Les « libres traîtres » sont désormais une partie intégrante du paysage culturel et politique arabe, sans aucune sensibilité particulière, traités comme des activistes, des leaders de l’opposition, des révolutionnaires ou des élites au pouvoir, remplissant les oreilles et les yeux du public. Dans les pages du livre, on trouve des partisans du modèle « libres traîtres »: ces ignorants qui manipulent les réseaux sociaux, écrasent le savoir et le vulgarisent, commercialisant l’ignorance avec une ignorance encore plus grande.

Le Dr Aref affirme: « De nouveaux acteurs sont entrés dans le domaine de l’intérêt politique grâce à la diffusion des réseaux sociaux jusqu’aux régions les plus reculées. Ces nouveaux acteurs ne possèdent qu’un téléphone, savent lire et écrire, mais n’ont aucune formation culturelle ou scientifique, se contentant d’écrire, souvent avec des fautes, et pourtant ils affrontent les spécialistes et les politiciens. Cette catégorie de personnes ne distingue pas l’appartenance familiale ou tribale de l’appartenance nationale, traitant les nations comme des tribus et des familles.

Dès qu’ils entendent, sans vérification, qu’une personne a offensé leur « nation », leur « tribu » ou leur « famille », ils déclarent une guerre de type préislamique, sous le slogan du poète préislamique Amr ibn Kulthum après avoir tué son ami Amr ibn Hind, parce que la mère du second a demandé à la mère du premier de lui servir un plat alors qu’elle était son invitée, la mère s’est sentie offensée, a crié à son fils, a arraché son épée sans connaître la cause du conflit, a tué son ami, et a composé une poésie qui fait partie des Mu‘allaqāt. Ce slogan, toujours en vigueur, dit: « Que personne ne nous ignore, sinon nous l’ignorerons davantage que l’ignorant lui‑même. » Ainsi la compétition dans l’ignorance s’intensifie entre ces masses ignorantes de l’histoire, de la géographie, de la culture et de l’identité.

» Notre auteur s’attarde plusieurs fois sur le sujet de l’islam politique, évoquant notamment les groupes religieux « verticales » qui n’existent que dans le monde islamique; dans les autres religions, il existe des groupes religieux mais pas de structures parallèles à l’État. Il critique également les orientalistes qui ont affirmé que les sociétés islamiques sont désorganisées, ne connaissent pas le concept d’institution, et que toutes leurs activités tournent autour d’un génie ou d’un chef. Selon le Dr Aref, ces orientalistes n’ont étudié que les individus, par exemple Ibn Khaldoun (mort en 1406), qu’ils ont présenté comme un phénomène unique, sans réaliser que ses idées remontent à Abu al‑Ma‘ali al‑Juwaini (mort en 1085) et à Ibn Ridwan al‑Malqi (mort en 1380), qui le précédaient.

Dans les pages de ce livre, qui allie utilité et plaisir, notre grand penseur décrit l’état de notre monde pendant le « temps non interrompu », empruntant l’expression aux matchs de football, comparant le moment où le système mondial vit cette pause à un instant sans droit international ni normes régissant le comportement des États. Il affirme qu’il y a une sanction du droit international et des institutions du droit international elles‑mêmes: c’est une période de fluidité juridique et politique simultanée. Ainsi, notre auteur nous alerte sur la décadence mentale de notre monde, où la sanction s’applique au droit… et non pas par le droit.

J’ai beaucoup apprécié et tiré profit de la lecture de ce livre, cher lecteur, et le temps que j’ai passé à le lire puis à le relire se situe au cœur du temps, pas dans le temps non interrompu. Je suis convaincu que le lecteur avisé verra ce que j’ai vu et appréciera ces perspectives comme je l’ai fait. Mes remerciements vont au grand penseur le Dr Nasser Mohamed Aref, qui nous a honorés en nous permettant de publier ce livre dans la série « Livre Maspero », le 91ᵉ ouvrage de cette collection éclatante qui a déjà présenté des auteurs majeurs, de Farouk Shousha à Hussein Fawzi, de Tawfiq al‑Hakim à Jamal al‑Ghittani.

Je remercie également la rédaction du magazine Radio‑Télévision, l’équipe du projet « Livre Maspero », ainsi que la journaliste Madame Marwa Mishali, qui a grandement contribué à la préparation de cette publication. Ainsi, le moment est venu de commencer le temps non interrompu… Bonne lecture.

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